L’aménagement de jardins en région montagneuse est soumis à de multiples contraintes : pente forte engendrant des travaux risqués et un entretien difficile, couverture neigeuse en hiver, sel de déneigement, fort ensoleillement l’été… Créer une rocaille est alors un moyen judicieux de répondre à ces problématiques tout en proposant un beau tableau de jardin.

Lors de la réalisation d’une rocaille, il est judicieux d’installer une toile biodégradable : en plus de limiter la pousse des adventices, elle fixe le talus et limite l’érosion due aux ruissellements.

En moyenne et haute montagne, les maisons sont bien souvent inscrites dans la pente. Ceci engendre alors des dénivelés importants qui sont la plupart du temps difficiles à aménager. Plusieurs solutions s’offrent alors à vous pour répondre au souhait du client qui veut aménager un tel espace. La moins coûteuse ? Simplement enherber un talus qui serait très pentu : les racines des poacées empêchent l’érosion superficielle. Le complément par des plantations d’arbres permet de fixer le sol plus en profondeur (espèces indigènes résistantes : frêne, mélèze, noisetier, épicéa…). L’entretien consiste alors en 2 à 3 fauches par an. Une solution intermédiaire niveau prix est la création d’un talus bâché arbustif. « Une toile biodégradable en jute ou en amidon de maïs permet de bloquer la prolifération des adventices et de fixer le talus en limitant l’érosion due à la pente et aux ruissellements » explique Sébastien Veuillet, gérant de Jardin Naturel, à Thyez en Haute-Savoie. « La bâche se dégrade petit à petit : elle protège le sol des graines véhiculées par le vent comme celles des peupliers, frênes… le temps que les végétaux se développent bien et couvrent le sol ». La troisième solution est la réalisation d’une rocaille : c’est l’option la plus coûteuse, mais celle-ci s’avère être la plus esthétique. En s’inspirant du milieu naturel, elle permet de créer des milliers de combinaisons possibles, rendant chaque aménagement unique.

 

L’utilisation de plaques de sédums multi-variétales, habituellement proposées pour la végétalisation des toitures, est une solution rapide et facile pour habiller un talus.

Créer un talus arbustif

Avant la plantation, il faut retourner le sol : cela peut s’avérer très compliqué sur un terrain en pente, surtout lorsqu’on ne peut pas y faire entrer une pelle. Dans ce cas, il est préférable d’utiliser un petit préparateur de sol.

Avant de disposer la bâche, niveler grossièrement.

Déroulez ensuite la bâche, fixez-la avec des agrafes et enterrer les bordures (si possible).

Il faut ensuite faire des encoches dans la bâche afin d’y installer les plantes.

« Parmi les arbustes bien adaptés à ces conditions, on retrouve Euonymus alatus (magnifique feuillage rouge à l’automne) ; Rosa Polyantha, de petits rosiers très florifères ; Spiraea japonica avec notamment les cultivars ‘Goldflame’ (qui offrent 3 variations de couleur au fil de l’année) et ‘Little Princess’ (joli coussin rose fleuri de juin à septembre)… De faibles contenants sont privilégiés (10 L maximum) afin de réduire la pénibilité des plantations dans les terrains peu accessibles » ajoute Sébastien Veuillet.

Aménager une rocaille

La création d’un jardin de ‘rocaille’ répond bien aux contraintes des terrains montagneux en s’inspirant du milieu naturel, par un nivellement progressif
et le choix de plantes adaptées au climat. Chaque rocaille est alors unique.

Que l’aménagement à réaliser soit une rénovation de talus ou une création de rocaille, la pierre est l’élément numéro 1 de cet ouvrage. Il faut chercher à s’approvisionner chez les terrassiers ou carrières locales, afin de s’assurer d’avoir un matériau non gélif extrait du sol local. Selon les besoins, de la terre végétale peut être apportée. « Nous avons créé une rocaille dans un jardin où il s’agissait de travailler un cheminement rocailleux et la végétalisation des pentes. Nous avons travaillé en collaboration avec un terrassier local muni d’une pelle de 6 T avec un grappin pour déplacer plus de 20 T de rochers. Après avoir tracé l’emprise au sol de l’escalier et des zones de plantations de la rocaille, nous avons creusé pour encastrer légèrement dans le sol les blocs les plus conséquents, assurant ainsi la stabilité de l’ouvrage. Puis, tour à tour, de la terre est apportée, puis à nouveau des rochers. L’ensemble se monte au fur et à mesure en s’adaptant au gabarit des pierres pour créer une composition la plus harmonieuse possible » précise le gérant de Jardin Naturel. Selon la taille des pierres, les dispositions peuvent être assez aléatoires ou bien plus structurées avec la création de multiples paliers.

Composition végétale

« L’idéal est de mélanger un tiers de persistant à deux tiers de caduques afin d’assurer une présence en fin d’automne, début d’hiver et quand la neige commence à fondre au printemps. Ensuite de multiples vivaces s’offrent à nous en étant très rustiques et adaptées à ces situations exposées et au sol calcaire » explique Sébastien Veuillet. Citons entre autres : Iberis, Campanula, Aubrieta, Sedum sp., Sempervivum, Persicaria, Linium, Euphorbia, Hemerocallis, géraniums vivaces, Stachys, Aquilegia, Alyssum, Erysimum Helianthemum, Dianthus « Sans oublier Leontopodium alpinum et Gentiana acaulis qui font partie de notre patrimoine végétal local. Les bruyères sont de bonnes plantes de rocaille : contrairement à ce que l’on pense, elles sont beaucoup plus florifères au soleil ! Les gauras sont à placer en arrière plan : en plus d’aimer les sols secs et de fleurir très longtemps, elles créent un second plan très intéressant en émergeant des autres silhouettes buissonnantes. Pour apporter un effet graphique supplémentaire, les fétuques bleues, Miscanthus et Pennisetum sont des alliés de choix en variant de couleurs au fil des saisons. Il s’agit ensuite d’équilibrer l’ensemble avec de petits arbustes ou arbres structurants comme un érable japonais (il perd souvent ses feuilles la première année, mais pas d’inquiétude, c’est le temps de s’habituer à une situation ensoleillée), des Juniperus ou encore des Picea ou Pinus de faible développement et plutôt compact. Pour les coins d’ombre, lierres, fougères et euchères trouveront leur place dans ces conditions climatiques. L’important est finalement de mélanger les essences, d’apporter de la densité et des floraisons qui s’étalent toute l’année et de laisser libre court à son imagination afin de combler le regard de vos clients avec une rocaille unique ! » conclut Sébastien Veuillet.

 

Conseils et astuces

Avant tout déplacement pour une demande de devis, demander au client de vous envoyer des photos du site à aménager afin de voir si le souhait du client est réalisable en regard des contraintes du site (pente très forte, anciennes souches d’arbres, accessibilité…). Cela vous évitera de perdre
du temps et des déplacements inutiles, certaines envies de clients n’étant pas réalisables.

Toujours penser à l’entretien futur lors de la conception (aménager par exemple des emmarchements pour faciliter le nettoyage de tel arbuste
ou telle vivace).

Planter vos sujets en petite motte/godet : le travail en pente est fastidieux
et dangereux, les godets étant plus légers et pratiques à planter.

Utiliser des tapis pré-végétalisés de sédums (habituellement conçus pour
les toitures) : c’est une solution rapide et facile de pose qui réussit souvent.
Il s’agit de simplement les agrafer à la bâche compostable avec des petits U de 5 cm (attention cependant : parfois, une des espèces de sédums prend
le dessus sur les autres et déséquilibre la composition).

Pour les rocailles, apporter de la matière organique n’est pas nécessaire !
Les plantes de ces milieux difficiles aiment les sols pauvres et séchants issus de la décomposition minérale. Un paillage minéral est donc le bienvenu.

Si le talus est visible de près, utiliser une variété de végétaux. Par contre, si celui-ci est distant du point d’observation, créer des ‘tâches’ de 10 à 15 individus de la même espèce suffit pour assurer un effet visuel réussi.

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Aménager un jardin en montagne

Une réflexion au sujet de « Aménager un jardin en montagne »

  • Le rendu est très joli, avec toutes ce rocailles ! Par contre avec le fait de planter des végétaux en godets, il ne faut pas oublier d’expliquer aux clients qu’il faut être patient pour que le résultat soit optimal.

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