Lieu le plus emblématique de la belle ville angevine, le Château d’Angers profite désormais d’une vraie mise en valeur par le réaménagement de la Promenade du Bout du Monde.
Une grande ‘terrasse publique’ profite désormais aux habitants et touristes, entre minéral et végétal, grâce à un travail fin de conception et à un chantier mené de main de maître par l’entreprise Pierre Halopé Paysagiste.

Fini l’enrobé craquelé et fissuré et les voitures stationnées à tout va devant l’imposante et magistrale forteresse aux dix-sept tours de schiste et de calcaire… Désormais, la Promenade du Bout du Monde, offre un espace clair et lisible, où le piéton est roi. Plus qu’une simple place, le réaménagement reconnecte la ville à son fleuve et fait le lien, par une transition végétale fine et subtile, entre cœur ancien, château et centre-ville. Pour ce faire, l’entreprise familiale Halopé, basée aux Ponts-de-Cé (49), a mis en œuvre tout son savoir-faire, entre abattage, préparation fine du sol, stérilisation de la terre végétale, semis et plantations, pose de marches en calcaire et de barrettes de schistes, réalisation d’un muret en parement calcaire, avec banc et banquette en bois, ou encore installation d’un système d’arrosage intégré. Et cela a vraisemblablement payé : l’aménagement vient de recevoir le prix ‘Spécial Cœur de Ville’ aux Victoires du Paysage 2018 !

Un traitement de sol qualitatif
Pour Loïc Mareschal, paysagiste-botaniste gérant de l’agence Phytolab qui a conçu l’aménagement avec Paul Grether, architecte urbaniste, “l’idée principale était de redonner sa place au piéton, avec une uniformité apparente de traitement du sol entre espaces uniquement piétons et surfaces occasionnellement circulées par les voitures des riverains. Ainsi, un pavage en calcaire nappe l’ensemble de la promenade, avec une végétation qui s’immisce de façon progressive dans les joints”. Les matériaux utilisés originellement dans les ruelles sinueuses du centre-ancien (pavés grès qui proviennent aujourd’hui essentiellement d’Inde) ont été remplacés par des pavés et des dalles de calcaire dur, aux teintes, grains et formats reprenant les pavés de la vieille ville et provenant de France. Pour les circulations voiture et pour l’accessibilité des personnes à mobilité réduite, la finition des pavés est sciée. Les pavés sont installés sur une surface de réglage en béton pour supporter le poids des véhicules et les joints sont de type polymère. Ce choix s’est fait en adéquation avec les retours terrain des agents des services techniques : l’assise béton permet de limiter les interventions de réfection du pavage.

Entre les pavés, la végétation
Pour apporter la dimension végétale, les joints entre les pavés s’écartent légèrement et laissent apparaître une végétation s’étageant progressivement vers les façades riveraines. Une végétation rase interstitielle de 10 cm de haut, composée de graminées et de vivaces naines (ex : Scleranthus biflorus, Sedum acre, Thymus serpyllum ‘Elfin’), entame la transition minérale/végétale, pour finalement arriver à des massifs de pleine terre accueillant des arbustes allant jusqu’à 1,50 m. Cela a nécessité un savoir-faire particulier, comme l’explique Pierre Halopé, gérant de l’entreprise. “Les pavés calcaires sont installés sur une assise composée successivement d’une grave naturelle traitée (épaisseur de 15 cm), d’un mélange terre/pierre compacté mécaniquement sur 30 cm (60 % de granulat pierreux 40/70 mm, 40 % terre végétale argilo-sableuse) et d’un lit de 5 cm de mélange de sable et de terreau de calage sous les pavés végétalisés (50 % de terre végétale limono-sableuse tamisée, 30 % de sable alluvionnaire 2/4mm, 20 % de terreau à base de tourbe noire). A noter qu’au préalable, la terre végétale a été complètement stérilisée. Cette opération a consisté à chauffer l’ensemble du volume de terre, étalée préalablement sur une plateforme béton sur une épaisseur de 30 cm, puis totalement recouverte d’une bâche étanche. Par un système de tuyauteries enterrées, l’ensemble a été chauffé à une température de 100°C pendant environ 24 heures, ce qui a détruit une grosse partie des graines de plantes indésirables présentes dans le mélange de terre initiale”. Les joints des pavés ont ensuite été remplis par un substrat tamisé constitué de 50 % de terre végétale légère, de 30 % de sable alluvionnaire et de 20 % de terreau sur une épaisseur de 10 cm, qui permet le semis ou la plantation d’espèces qui supportent des substrats secs et de faible profondeur. Ainsi, “près de 8 000 godets de vivaces rases et basses ont été plantés dans les joints, mais également quelques 1 000 bulbes, 4 arbres, 70 arbustes et vivaces à massifs et 15 rosiers sur l’ensemble du projet. En tout, 6 ouvriers ont été mobilisés pendant 6 mois. Nous avons également fourni et installé le mobilier constitué de potelets, bancs et appuis vélos en acier Corten et avons assuré la pose d’une clôture provisoire en ganivelle pour protéger les plantations du public. Pendant 1 an, nous avons entretenu l’aménagement, avec principalement un désherbage manuel des plantes indésirables et des divisions/repiquages lorsque certaines des plantes prenaient trop de place” précise Pierre Halopé.

Un groupe de travail entre pépiniéristes
Pour arriver à une palette végétale spécifique et particulièrement adaptée à un substrat peu profond et sec, une démarche tout à fait remarquable a été mise en place par les concepteurs. “Dans une région horticole comme la région angevine, il aurait été dommage de se priver du savoir-faire local. Nous avons donc lancé une concertation technique auprès des horticulteurs et pépiniéristes locaux afin de faire partie volontairement d’un groupe de travail, pour établir une liste de plantes répondant à nos contraintes spécifiques. D’après une liste initiale élaborée par nos soins et après de nombreux échanges avec ces gens passionnés, 90 espèces ont finalement été choisies pour être plantées dans cet espace très minéral. Elles ont été fournies par ces mêmes pépiniéristes, mettant alors en valeur le savoir-faire local” ajoute Loïc Mareschal. Ainsi, la palette végétale s’inspire des milieux secs et décline des espèces plus ou moins hautes (10 à 120 cm), adaptées aux situations ensoleillées ou plus ombragées. Les joints les plus étroits ont été semés par l’entreprise Pierre Halopé Paysagiste d’un mélange de ray-grass anglais ‘Essence’ (10 %),
fétuque rouge gazonnante ‘Darwin’ (10 %),
fétuque rouge semi-traçante ‘Cézanne’ (10%),
étuque ovine ‘Durette’ (35 %),
pâturin des prés (5 %),
Scleranthus biflorus (5 %),
Bellis perennis (5 %),
Thymus serpyllum (5%)
et Festuca cinerea (15 %).

 

FICHES TECHNIQUES :

  • Superficie : 8 000 m2
  • Maîtrise d’ouvrage : Ville d’Angers
  • Maîtrise d’œuvre : Atelier Grether mandataire ; Phytolab, paysagistes concepteurs
  • Entreprises : TPPL, réseaux et voirie ; Pavage 44, pose des pavés ; Pierre Halopé Paysagiste, plantation et mobilier
  • Groupe de travail palette végétale et fournisseurs végétaux : Pépinière Lepage, Plandanjou (groupement de pépiniéristes), Pépinières du Val d’Erdre, Pépinière Kastell, Plantagenêt Plantes
  • Fournisseurs mobilier urbain : Halopé, sur un design de Phytolab
  • Fournisseurs éclairage : Comatelec Schreder
  • Coût des travaux : 2 500 000 € HT
  • Durée des travaux : 2014 – 2016

 

Au bout du monde, entre patrimoine et paysage

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