Le béton désactivé est aujourd’hui la finition incontournable des revêtements de vos clients. Dernières tendances observées : l’utilisation de deux ou trois granulats différents, parfois luminescents et apportés par cloutage dans la formulation du béton, ainsi que le développement croissant des pâtes cimentaires colorées et des finitions sablées, apparentées à des micro-désactivations.
Du calepinage à la protection du béton, voici les conseils des entreprises du secteur.

Il est beau, intemporel et s’applique dans des délais très courts. Le béton désactivé séduit autant pour ses qualités décoratives, multiples et variées, que pour sa simplicité de mise en œuvre.
Des entreprises, expertes dans le domaine et reconnues sur le marché (Cemex, Chryso, Eqiom, Groupe Sols, Vicat) donnent ici des conseils avisés et dévoilent, en détail, les points à ne pas négliger.

Qualité du béton
Elle est cruciale dans la mise en place du revêtement et dépend de plusieurs facteurs :
le choix des matériaux utilisés, la formulation et l’adjuvantation du béton. “Il convient de choisir un fournisseur de béton agréé ISO 14001, capable de proposer différentes formulations répondant à la norme béton NF EN 206/CN (adaptée aux cycles gel/dégel)” indique Dominique Sestillange, responsable national de produits spéciaux et réseaux partenaires chez Cemex ; le choix du désactivant. Point important, il faut utiliser le bon désactivant en fonction de la formule du béton.
En effet, il existe différents désactivants qui retardent la prise du béton sur une épaisseur plus ou moins grande en fonction de la formule et du résultat esthétique souhaité
” ajoute-t-il ; 
une mise en œuvre et un travail exécuté avec du bon matériel (lisseuse, jointeuse, taloche, stricker, pulvérisateur…) ; la finition et l’entretien.

Un chantier réussi, étape par étape
Etape n°1 : réalisation du calepinage afin de définir la zone de répartition de l’ouvrage. Pour protéger les abords du chantier, un produit type ‘Chryso® Deco Film’ peut être appliqué. Remarque : le béton permet de réaliser de la maçonnerie paysagère (contremarches, murets, jardinières intégrées…).

Etape n°2 : préparation du fond de forme. Ce support de dalle doit être plan, donc compacté, et suffisamment épais, avec une portance minimum mesurée ou estimée par l’applicateur. Éventuellement, une couche de propreté peut être réalisée (GNT 0/31.5, gravillons ou béton maigre sur 5 à 30 cm), avant d’être recouverte par un feutre géotextile.

Etape n°3 : réalisation du coffrage, afin de servir de ‘moule’. Il est généralement réalisé avec des planches, mais aussi des bordurettes ou des pavés. Dans le cas d’un espace piéton, le bâti et/ou les bordures de trottoirs font office de coffrage. “L’idéal serait de placer un film en polyane sur le fond de forme pour éviter que le support n’absorbe l’eau nécessaire à la prise du béton” recommande Estelle Rodot, chef de produits chez Vicat.

Etape n°4 : protection des abords, avec notamment un film plastique couvrant les surfaces minérales proches, en principe de différentes natures, et les murs attenants à l’ouvrage sur au moins 80 cm de haut. Remarque : il existe des produits, type ‘Pieri Protector’, appliqués au rouleau, qui forment un film isolant contre les projections de béton. Ils s’éliminent facilement à l’eau.

Etape n°5 : coulage du béton. Il est acheminé par une goulotte, des tapis ou par le biais d’un sambron. Les entreprises d’expérience proposent des mélanges bien ‘adjuvantés’ et ayant une bonne plasticité pour l’ouvrabilité. Et pour contrôler la qualité du mélange, un coup de pelle suffit. “Il est recommandé de prendre un échantillon à la sortie de la goulotte, d’en prendre à nouveau une poignée avec la main et de nettoyer le tout à l’eau clair. Cela permet de vérifier la qualité des granulats, en concordance avec ce qui a été commandé et de contrôler l’absence de fines” précise-t-elle. Après coulage sur l’épaisseur souhaitée, vient l’opération du lissage, réalisée à l’aide d’une règle selon un mouvement de va-et-vient ou d’un stricker. Attention à ne pas trop piétiner ou lisser le béton. “Les granulats présents dans le béton doivent rester à la surface, au risque d’être invisibles après le lavage” interpelle Dominique Sestillange.
Remarques : prévoir du personnel lors du coulage, car le délai de prise est court (environ 2 heures !), à moins d’utiliser une toupie équipée d’un tapis ou d’une pompe à béton pour réduire le temps du coulage et la pénibilité (1 m3 = 2,2 à 2,5 tonnes). Autre préconisation : anticiper les variations climatiques. Une pluie, si minime soit-elle dans l’heure qui suit le coulage est catastrophique.

Etape n°6 : application du désactivant. Réalisée sur béton frais avec un pulvérisateur, cette étape est déterminante pour retarder la prise du béton en surface (sur quelques millimètres). “Après avoir tiré le béton (à la règle), ce dernier doit présenter une surface lisse, fermée, exempte de cavités apparentes et de vagues. Il s’ensuit immédiatement (sous réserve que le béton ne présente pas de ressuage* en surface) la pulvérisation d’un désactivant à la surface du béton” indique la société Eqiom Bétons. L’entreprise Chryso rappelle aussi que “le désactivant doit être pulvérisé de manière homogène, une fois le béton ‘matifié’. Le dosage est de 1 L de produit pour 4 à 5 m²”.
Remarques : il est déconseillé de piétiner le béton lissé, le désactivant doit simplement être pulvérisé à l’avancement. Concernant la formulation des désactivants, souvent sujette à critiques, notons que certains sont biodégradables (exemple Viastone de chez Viasols).

Etape n°7 : lavage et désactivation du béton (4 à 5 h plus tard par temps chaud, 12 à 15 h par temps froid). Il est conseillé de procéder à un test de désactivation, sur un coin du chantier par exemple, pour valider la maturité du support en surface. Si la dalle en béton supporte le poids de l’applicateur et ne laisse pas de traces en surface, la laitance superficielle peut être éliminée avec un nettoyeur haute pression, laissant apparaître les granulats. Le revêtement est rincé jusqu’à ce que l’eau de rinçage soit claire.

Etape n°8 : confection des joints de fractionnement, à moins que des règles aient été installées avant coulage. L’espacement des joints (norme NF
P 11-213) dépend des propriétés de retrait du béton (hydraulique et thermique), des caractéristiques de friction de l’infrastructure et de l’épaisseur de la dalle. En moyenne, sur un espace piéton, les joints sont réalisés tous les 3 à 5 m.
Et en présence d’un obstacle émergeant, par exemple une plaque d’égout, les bords de cette dernière sont sciés en étoile, en direction du bâti, de sorte à limiter la propagation des fissures éventuelles. Les joints sont sciés en profondeur jusqu’à 2/3 de l’épaisseur de la dalle.

Etape n°9 : protection du béton, par pulvérisation d’un produit ou au rouleau. Dans tous les cas, il empêche la pénétration des hydrocarbures et des salissures superficielles. L’opération est à renouveler tous les 2 à 5 ans selon l’intensité du trafic auquel est soumis l’ouvrage.

Quelques tendances
Bien que les granulats locaux, roulés ou concassés, de granulométrie 8/14 mm soient les plus prisés pour des questions économiques (NB : les granulats roulés sont un peu plus glissants !), l’une des tendances actuelles est de mélanger deux ou trois granulats différents dans la formulation du béton (blanc et noir, blanc et rouge…)” indique Dominique Sestillange. Tout est possible, y compris l’intégration de granulats par cloutage. Des granulats luminescents sont même disponibles. Chryso propose notamment des particules luminescentes grâce à la technologie Lumintech®. “Ces particules insérées à la surface de la matrice béton avant la désactivation absorbent les rayons UV de jour et restituent cette énergie sous forme de lumière visible de nuit. Ainsi, on profite du béton désactivé de jour comme de nuit. Son effet ‘balisage’ est aussi très apprécié” indique la société. Des éléments de décors peuvent également être rajoutés à la surface du béton, avant la désactivation, pour créer des espaces et des motifs dans la matrice. Chryso propose notamment une gamme de ‘Matrice Relief’ qui s’intègre au béton à l’état frais. Lors du lavage et de l’extraction de la matrice, le dessin et les arrêtes apparaissent nettement.
Parmi les fournisseurs de béton prêt à l’emploi (BPE), Vicat présente ‘Stylperf Désactivé’ et EqiomBétons ‘Articimo® Désactivé’, un béton décoratif qui met en valeur les granulats et les laisse apparaître en surface. Son aspect est obtenu par un lavage de la partie superficielle du béton, dont la prise a été préalablement retardée. Très faiblement désactivé,’ Stylperf Désactivé Micro’ ou ‘Articimo® Stabilisé’ d’Eqiom Bétons offrent un rendu final proche d’un béton usé ou gommé.
Aujourd’hui, toutes les entreprises du secteur innovent et proposent des solutions adaptées à chaque type d’ouvrage. Encore faut-il bien les appliquer… Mais ça, c’est une affaire de professionnels !

Trois questions à Sylvain Fournier, entrepreneur spécialisé dans la mise en œuvre des bétons.
Quelles sont les malfaçons les plus rencontrées avec le béton désactivé ?
Deux facteurs limitent notre activité : les fortes chaleurs, au-delà de 30 °C, et le gel. Un professionnel attentionné fera également attention à ne pas travailler avec un béton trop humide. Au coulage, le béton ne doit pas couvrir les granulats

Quels autres conseils donneriez-vous ?
Il faut utiliser un désactivant adéquat. Bon nombre d’entreprises proposent un désactivant pour toutes les classes de granulométrie. Or, la granulométrie du caillou impose d’utiliser un désactivant spécifique. Personnellement, j’ai recours à de produits de la marque Pieri.

Quels sont les couleurs, les finitions… que vous préconisez le plus ?
Actuellement, la mode est aux granulats blancs-gris, ainsi qu’aux mélanges ‘dalmatien’ (blanc-noir). Dès que je le peux, j’aime aussi travailler avec une pâte cimentaire blanche, je trouve qu’elle donne un certain cachet à l’ouvrage. Concernant les particules luminescentes, les collectivités sont plus ouvertes à ce genre d’insertion.

* Remontée d’un film d’eau à la surface du béton.

 

 

Béton désactivé : des experts dévoilent tout !

Une réflexion au sujet de « Béton désactivé : des experts dévoilent tout ! »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *