En pleine crise sanitaire, les entreprises de paysage réorganisent leur activité afin de limiter le regroupement du personnel pour le protéger, maintenir un minimum d’activité… et surtout, tenir bon !

Alors qu’il fait beau et que les carnets de commandes étaient bien remplis, le printemps 2020 qui s’annonçait comme un bon cru pour notre filière, tourne à la catastrophe pour nombre d’entreprises. Du fait de la pandémie de Covid-19, les équipes sont confinées, et il faut à la fois organiser le télétravail pour certains, la distanciation sur les chantiers, réorganiser les interventions* (1 collaborateur par véhicule, chacun son outil, écartement d’au moins 1 mètre…). L’activité est fortement impactée car les particuliers préfèrent rester confinés dans leur jardin, les collectivités ont plus ou moins fermé les chantiers en cours alors que les promoteurs souhaiteraient que les travaux de paysage soient terminés au plus vite pour livrer leurs programmes immobiliers. L’heure est à l’adaptation et à l’anticipation alors que le confinement se durcit et risque de se prolonger. Face à cette adversité, les entrepreneurs s’organisent pour résister à cette incroyable crise qui nous frappe avec l’espoir que ce sont nos métiers, nos professions qui seront en première ligne quand sera venu le temps du déconfinement. En effet, il est sûr et certain que les Français auront envie de nature, d’espaces verts, de parcs et de jardins, d’aires de jeux et de terrains de sports et ils préféreront en profiter au coin de chez eux plutôt que voler au bout du monde !

Organisation du travail
“Par solidarité, prudence et sens des responsabilités toutes nos équipes ‘travaux’ sont en chômage partiel… et ce, jusqu’à nouvel ordre” précise Daniel Lachana, dirigeant de la société Green Style. “Le service administratif, le bureau d’études et les conducteurs de travaux sont en télétravail et plus que jamais disponibles. Notre société peut tenir longtemps (ouf, ça sert à quelque chose de gérer son entreprise en bon père de famille !). Cette période de confinement nous permet aussi de nous remettre à flot et de rattraper le retard pris après une année 2019 et un début d’année 2020 tonitruants”… en attendant la reprise de l’activité. Mais, comme on dit, chaque jour suffit sa peine. Tout en espérant que chacun tire de cette incroyable catastrophe, une vraie leçon en matière de bienveillance, d’humanité et de solidarité.

Née en 2011, l’entreprise (8 agences en Centre Val de Loire et Bourgogne et un CA de 12 M €), Lantana  Paysage ambitionne de devenir la première enseigne nationale d’aménagement et d’entretien des extérieurs pour les particuliers et les entreprises. En cette période, comme l’explique Guillaume de Germay, son pdg,“nous avons mis en place un protocole afin de respecter l’ensemble des mesures sanitaires nécessaires pour garantir la sécurité et la santé de nos clients et de nos collaborateurs. Nous appliquons strictement les gestes barrières. Pour cela, nous avons mis en place une embauche décalée, l’aménagement des temps de pause et, bien entendu, placé un maximum de nos collaborateurs administratifs en télétravail. En ce qui concerne les projets d’aménagement ou d’entretien, un paysagiste de notre équipe se rend chez le client et reste à l’extérieur pour découvrir ses souhaits, puis il remet son offre soit par visio-conférence, soit par téléphone, soit en revenant chez le client s’il le souhaite tout en restant à l’extérieur. En ce qui concerne nos interventions (aménagement / entretien), dans la mesure du possible, nous affectons un technicien par chantier. Dans le cas où il est nécessaire d’intervenir à deux, ils se déplacent dans deux véhicules différents en respectant les gestes barrières. Et nos agences restent ouvertes dans la mesure du possible, lorsque nous pouvons compter sur nos fournisseurs locaux”.

“Suite aux mesures nécessaires et aux consignes du gouvernement liées au Covid-19, nous mettons en place le télétravail pour nos collaborateurs. L’ensemble des activités de services et nos équipes terrain (travaux, entretien d’espaces paysagers, décoration florale, animations, élagage) suspendent leurs activités. Mais l’entreprise poursuit son activité : chaque collaborateur est installé à son domicile avec son poste de travail, dispose d’un accès à notre serveur de données, à ses dossiers en cours, ses mails. Nous restons au service de nos clients, joignables par mail et par téléphone portable. Studio Mugo renonce à prendre part aux rendez-vous et réunions physiques programmées jusqu’à nouvel ordre, pour respecter les préconisations de confinement et préserver la santé de nos collaborateurs. Les responsables d’agences demeurent joignables par messagerie et téléphone durant toute cette période” indique l’entreprise.

“Nous avons décidé de mettre l’ensemble du personnel de production en chômage partiel pour une période de 15 jours, y compris chez Artdan. Le personnel administratif, les BE et les directions des sites sont en télétravail” indique Gilles Thillaye d’Eurofield. “Nous sommes en cellule de crise afin d’anticiper la période après les semaines de confinement. Nous partons du principe que l’Etat ne peux payer les salariés français durant une longue période au risque de mettre le pays à plat pour plusieurs années et supprimer indirectement tout investissement communal. Ce coronavirus n’est pas la responsabilité de notre gouvernement et il est important de trouver des solutions collectives afin que tous soient solidaires du problème. Nous réfléchissons à pouvoir anticiper les congés d’été, de payer les gens en ayant des heures négatives récupérables ensuite, solder les heures accumulées. Nous estimons que nous ne reprendrons pas le travail réel avant début mai et il faut anticiper pour que notre personnel puisse franchement travailler sans repartir en congés avant novembre, voir 2021. Pour la trésorerie, nous ne sommes pas inquiets”.

En ces temps de confinement, comme eux bien d’autres challenges vous attendent. Et certains sont positifs comme celui que vous lance Luc Echilley, Maître Jardinier 2013 (Atelier Cezae à Avignon) : “on a imaginé ‘un autre défi’, sur facebook celui-là : envoyez-nous une image de votre jardin, une fleur, un bourgeon, un lieu, une ambiance… qui vous ressemblent pour partager une belle émotion !”

Plan de continuité : interventions sur sites sensibles !
Nous sommes spécialisés dans l’application de produits phytopharmaceutiques”, explique Philippe Beuste, “et nous devons assumer un plan de continuité de services sur certains sites industriels (classés SEVESO), militaires et autres infrastructures sensibles. Nous avons tout arrêté dès le 16 mars suite aux directives politiques nationales en décidant du confinement strict de nos équipes pour 15 jours. Nous avions l’espoir de re-planifier nos prestations dès le 30 mars. J’ai passé beaucoup de temps avec les juristes (mise à jour du DUE et établissement du PCA) et la médecine du travail pour organiser la reprise de tous nos techniciens en toute sécurité. En effet, pour respecter les gestes barrières (1 seul collaborateur par véhicule, travail éloigné de 2 mètres les uns des autres…), il faut que chaque intervenant ait un véhicule (alors qu’avant ils embarquaient à deux par véhicule de la société pour une intervention). Peuvent-ils prendre leur véhicule personnel ? Oui, certains l’utilisent mais Il s’avère que dès qu’on trouve une solution pratique, cela induit d’autres problèmes tant sur le plan juridique que des assurances (RC, assurance auto, autorisations d’accès sur les sites…). On doit aussi prendre en compte les situations familiales particulières de nos collaborateurs (garde d’enfants, conjoint soignant…). Je préside, par ailleurs, l’AAPP (Association des Applicateurs Professionnels Phytopharmaceutiques). Nos entreprises disposent d’EPI car la majorité de nos activités concernent la protection des plantes contre les attaques de parasites et les maladies. Nous avons envisagé de donner localement certains de nos équipements (combinaisons jetables, gants…) aux professionnels de santé. Mais nos masques A2P3 ne sont pas efficaces contre les virus. Par ailleurs, depuis janvier, nos commandes de masques sont peu ou mal honorées et certains risquent d’être en pénurie pour leurs interventions. Il nous faut donc être très vigilants pour assurer au mieux, en toute sécurité, nos plans de continuité”.

Professionnellement, tout est compliqué mais on a envie d’en découdre !
Avant l’annonce officielle, nous avons arrêté la totalité de la production sur le terrain” explique Pierre-Alain Madelaine (Soisy Arrosage, président du SYNAA). “Le personnel de chantier est ainsi en chômage partiel alors que le bureau d’études, le secrétariat, le directeur et le gérant sont en télé-travail, et le responsable du magasin vient seul s’en occuper bien qu’il ne soit pas ouvert aux clients. Dès le lundi 6 avril, nous avons repris quelques rares chantiers : un intervenant s’y rend seul (pour respecter les précautions sanitaires) et il est vrai qu’il ne croise personne. En tant que chef d’entreprise, pendant cette période, on pense à tous les cas de figures possibles, et on met en place de nouvelles choses, de nouvelles procédures pour nous améliorer encore. On a géré les dossiers en cours et préparé une reprise d’activité en toute sécurité mais cela n’est pas si simple à mettre en place et cela prend du temps. Mais bien entendu, c’est sur la trésorerie que l’on a travaillé en premier, pour essayer d’anticiper le manque de production. Il est difficile d’appréhender notre résistance car elle dépend en partie du maintien ou de l’annulation de certaines commandes, et du respect des délais de règlement de nos clients.  Comme d’autres chefs d’entreprise, c’est une situation que l’on vit à la fois, très bien et très mal, à deux vitesses. Tout est compliqué professionnellement. Psychologiquement, c’est un peu lourd, mais j’ai hâte d’en découdre et que la vie reprenne son cours, je suis motivé plus que jamais. Via le Synaa (Syndicat National de l’Arrosage Automatique), on a créé un groupe WhatsApp. Ainsi, on peut facilement échanger et savoir que notre profession a bien respecté le confinement (95 %) et qu’une reprise partielle de nos activités commence à se profiler.

* Téléchargez les consignes d’organisation des chantiers espaces verts/jardins sur Placedupro.com

Coronavirus : les paysagistes s’organisent

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