Peu importe la crise, l’herbe pousse et les feuilles tombent !” En quelques mots, Vincent Couderc, paysagiste au nord de Toulouse, illustre bien le quotidien des entreprises de paysage. Si les déchets ne manquent pas, encore faut-il se poser la question de leur évacuation et valorisation tout en réduisant les coûts !

Tonte, tailles de haies, élagage, abat-tage… Pour son entretien, le jardin nécessite des interventions sans cesse renouvelées au fil des saisons. Les paysagistes trouvent dans cette croissance perpétuelle du végétal une source constante de revenus, pour le plaisir de clients dont l’entretien du jardin est bien souvent vécu comme une contrainte. Cependant, l’évacuation des déchets verts, ligneux et non-ligneux, représentent un budget que paysagistes et particuliers ne sont pas toujours prêts à débourser. Heureusement, des solutions existent !

Des frais d’évacuation
L’entreprise Vincent Paysage entretient des jardins de particuliers depuis 2009, dans le Grésivaudant (38), et produit 15 tonnes de déchets verts en trois mois. “Je réalise essentiellement des prestations de petit entretien pour des jardins de 300 à 3 000 m2 et je n’abats pas de gros arbres. Je suis bien équipé : taille-haie, tondeuse, débroussailleuse, tronçonneuse, sécateur électique et souffleur. Le volume et le poids de mes déchets varient selon les chantiers. Après la taille, je ramasse et trie les déchets verts en séparant les branches des débris plus fins. Je les charge ensuite dans la benne de mon camion (un 3,5 t à benne ridelle haute, de marque Iveco), en commençant par les grandes branches. Il m’arrive d’en conserver une partie pour en faire des bûches. Cela permet une double valorisation : obtenir du bois de chauffage et éviter des frais de déchetterie ! En fin de journée, ou bien le lendemain, j’apporte mes déchets verts à la déchetterie de Villard-Bonnot, un site privé qui les valorise. Les tarifs sont de 35 euros TTC
la tonne, ce qui représente dans mon activité une dépense de 525 euros tous les trois mois”
. Jean-Pierre Olivari, gérant de l’entreprise EDS à Perpignan poursuit : “pour nous, les tarifs s’élèvent à 65 euros HT la tonne. Ce qui est cher pour le client, qui paye déjà une taxe d’habitation proportionnelle à la surface de son terrain… Seuls les 1 200 premiers kilos par trimestre sont gratuits !”

Une valorisation sur place
Nous pratiquons volontiers le broyage :
le broyat est ensuite valorisé comme paillage ou bien composté sur place. Nos clients particuliers ont souvent de grandes propriétés, entre 2000 et 7000 m2, ce qui permet de réserver une partie du terrain pour réaliser du compostage et du stockage. Les arbres abattus peuvent aussi être entreposés sur place. Une fois débités, ils serviront de bois de chauffage.
” En ce qui concerne la taille, les deux paysagistes de l’entreprise EDS, fondée en 1998, laissent souvent les résidus broyés comme paillage au pied des haies, augmentant ainsi la fertilité du sol et protégeant les racines des gelées. Les déchets de tonte, riche en azote, sont quant à eux évacués en déchetterie ou bien disposés au pied des arbres. Fonctionnant comme des éponges, ils permettent alors de réaliser des économies d’eau. Au professionnel de bien l’expliquer au client !
Les paysagistes peuvent, en effet, mener auprès de leur clientèle un travail de sensibilisation. Cela concerne également le brûlage à l’air libre des déchets verts… Cette pratique polluante, interdite par la loi, a des conséquences néfastes sur la santé, l’environnement et le climat. De plus, il s’agit du gaspillage d’une ressource ! Elle perdure cependant chez les particuliers, comme le rappelle l’Ademe, et concerne encore près d’un million de tonnes de déchets verts brûlés chaque année en France.*

Des partenariats en circuits-courts
Jean-Pierre Olivari a également trouvé une autre astuce de valorisation, dans le cas où le client refuse de stocker les déchets verts sur son terrain. Le gérant les apporte directement à des agriculteurs en bio, situés à proximité. Cet échange est gagnant-gagnant. En effet, l’agriculteur, en recherche d’un engrais organique de qualité, se voit souvent dans l’obligation de se fournir auprès d’une unité de compostage. En lui offrant cette ressource, le paysagiste évite alors des frais de déchetterie, et contribue à participer à une économie locale… tout en préservant l’environnement. D’autres pratiquent existent : le compostage industriel, la chaufferie en biomasse (pour les déchets ligneux) et la méthanisation (pour les non-ligneux). Des partenariats sont à trouver entre acteurs locaux, en faveur d’une économie circulaire. Vos déchets deviennent alors des ressources !

Une plateforme de compostage
Vincent Couderc, dirigeant de l’entreprise Le Chêne et le Hérisson (31) s’est récemment lancé dans l’achat d’un terrain pour mieux gérer les déchets verts. “Chaque année, nous produisons 60 tonnes de déchets verts, issus des résidus de tailles, de tonte et d’élagage. Leur évacuation en camion (poly-bennes) nous coûtait 250 € par mois. Nous avons donc fait le choix d’investir dans un terrain.” Plus qu’une simple plateforme de stockage, cet espace de 3 200 m2 comporte des tas de compost à différents niveaux de maturités. “Nous le structurons en lasagnes : une couche de carbone (déchets verts issus de la taille de haies) et une couche d’azote (déchets de tonte). Les tas sont régulièrement remués au moyen d’une chargeuse pour faciliter la décomposition. Ce compost est ensuite valorisé au sein de buttes de culture, selon les principes de la permaculture. Les productions sont pour l’instant à destination personnelle, mais nous nous posons sérieusement la question d’une activité maraîchère, à moyen terme, en complément de l’activité de paysage. Nous gardons également les déchets d’élagage afin de l’utiliser comme bois de chauffage. »

Réduire les déchets… dès la création
La question des déchets verts peut aussi être posée en amont, dès la création du jardin. Le paysagiste, en sélectionnant les végétaux à installer, peut en effet faire le choix d’arbres et arbustes à faible développement ou croissance lente, limitant ainsi, par la suite, la quantité annuelle de déchets verts à tailler, et donc à évacuer. Les haies peuvent être composées de végétaux nécessitant peu ou pas de taille (lilas, forsythia, tamaris, genévrier, Eleagnus, Photinia…). La pratique du jardinage raisonné est bien évidemment une autre manière de traiter cette question, en adaptant les modes de gestion à chaque espace. Pour les espaces de pelouse, certains mélanges peu poussants de graminées permettent de n’effectuer qu’une tonte par mois. Il est aussi possible de diminuer le volume de déchets produits en concentrant simplement l’entretien sur certaines zones fréquentées ou de prestige, et en espaçant ailleurs les passages. Une manière de laisser au jardin des espaces de biodiversité !

* Alternatives au brûlage des déchets verts, Ademe, juin 2018

Déchets verts, astuces et solutions de valorisation

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