Caractéristique des villages de Provence, la calade est un art qui obéit à des règles de construction bien précises. En quelques mots, une calade est un assemblage de pierres enfoncées dans le sol et laissant apparaître une surface plane.

Traditionnellement, cette technique était utilisée pour réaliser des rues pavées, souvent pentues, afin de faciliter les déplacements et canaliser l’eau. “Réaliser une calade permet à la fois de valoriser les pierres locales et les techniques ancestrales de création de routes et chemins” explique Stéphane Fredon, gérant de Fredon Paysages. Aujourd’hui, la calade se décline sous forme de chemins, escaliers, caniveaux, terrasses, cours et entrées de maison. Elle peut aussi être utilisée pour séparer deux revêtements ou créer des motifs au sol. “J’utilise les calades pour délimiter un espace en créant du lien, par exemple pour séparer un espace repas, d’un espace de détente ou loisirs. Associée à un autre revêtement, la calade apporte contraste et originalité” explique Sylvie Maréchal, gérante de l’entreprise Jardins et Clôtures d’Armor. Chaque calade est unique et personnalisée en fonction des matériaux locaux, de la configuration du site et des attentes du client. Les pierres sont choisies et assemblées entre elles de manière à s’ajuster au millimètre près, en évitant de recourir à la taille. Elles peuvent être positionnées soit couchées c’est-à-dire horizontalement, soit debout en enfonçant verticalement les pierres dans le sol. Cette seconde technique permet de réaliser une calade plus solide grâce à une meilleure répartition des charges.

Le choix des pierres
La pierre de pays ou pierre sèche constitue le matériau de base des calades. Pendant des années, les champs ont été épierrés, de quoi fournir les éléments nécessaires pour réaliser des murs en pierres sèches, ainsi que des calades ! “J’essaye d’utiliser au maximum de la pierre locale issue du terrassement de la propriété ou d’une carrière pour ne pas dénaturer le paysage. Mon objectif est d’utiliser tout ce qu’on peut trouver sur place”, souligne Stéphane Fredon. Il est possible d’utiliser tout type de pierre, à partir du moment où elles ne sont pas gélives : calcaires, schistes, granites… Avant de commencer la construction, il faut veiller à trier correctement les pierres en conservant celles possédant une surface plane. Plus les pierres seront épaisses, plus la calade sera ancrée dans le sol. Traditionnellement, il existe trois familles de formes pour distinguer les pierres :
les conducteurs : pierres de grandes dimensions avec une surface plane posées en premier afin de délimiter la calade ;les pas d’âne : pierres longues avec une faible largeur pouvant être enfoncées profondément dans le sol. Elles sont utilisées pour les marches d’escaliers ;
les pierres de remplissage : posées entre les conducteurs, les pierres de remplissage possèdent au moins une surface plane.

Issus des cours d’eau, les galets avec leur surface lisse et arrondie sont également utilisés dans la réalisation de calades et permettent de créer de véritables mosaïques ! De fines bandes de galets, noirs, gris ou blanc apportent ainsi une touche d’originalité et de décoration dans les espaces extérieurs.

Mise en œuvre
La première étape consiste à délimiter l’emplacement de la calade avec des piquets et cordeaux pour préparer le fond de forme. Le sol est ensuite excavé sur une profondeur variable en fonction de la surface : piétonne ou carrossable. Le fond de forme d’une allée carrossable sera, en effet, plus épais que celui d’un chemin piéton, avec 15 à 30 cm de grave compacté 0/31,5, surmontée d’un lit de pose. Il est également important de prendre en compte l’épaisseur des pierres utilisées. Pour des pierres de pays, il faut prévoir 20 à 30 cm d’épaisseur de pose, à l’inverse des galets nécessiteront une plus faible épaisseur en fonction de leur calibrage. La mise en œuvre diffère légèrement en fonction du matériau choisi :
– calades de pierres : les pierres sont posées au fur et à mesure sur le lit de pose, avec la surface plane sur le dessus, puis enfoncées avec un maillet. Les extrémités et les angles sont mis en place en premier. C’est le savoir-faire du paysagiste qui détermine l’emplacement des pierres. Tout au long de la pose, le niveau est régulièrement vérifié. “Il faut un matériau souple pour enfoncer les pierres dans le sol. Pour un cheminement piéton, j’utilise donc un lit de pose de
10 à 15 cm d’épaisseur, avec un mélange de chaux, terre et/ou sable 0/6
” explique Stéphane Fredon. Une fois les pierres parfaitement agencées, les joints sont réalisés au mortier. “Je réparti un mortier à sec constitué de sable et chaux sur l’ensemble de la calade. Après balayage pour nettoyer les pierres, la calade est humidifiée pour enclencher la prise de la chaux” ajoute Stéphane Fredon. Dans le cas d’un mortier humide, il est important de bien nettoyer la calade après réalisation des joints, avec un jet d’eau et une éponge ;
– calades de galets :les galets sont posés, serrés, les uns contre les autres sur une chape de mortier de 5 à 8 cm, puis tassés à l’aide d’une planche et d’un maillet. Les joints réalisés à sec avec du mortier sont arrosés au pulvérisateur pour gagner en temps de nettoyage”, indique Jérémy Barthélémy pour Chiron Paysage. Afin de faciliter la pose des galets, Sylvie Maréchal utilise des galets sciés et fixés sur une trame. Les trames sont fixées dans la chape de mortier ou sur une dalle béton avec de la colle à carrelage. Cette technique permet, en outre, de poser des motifs prédéfinis et de gagner du temps !

Il faut ensuite compter un temps de séchage au minimum d’un jour pour un cheminement piéton et jusqu’à une semaine pour une voie carrossable. Il est également important de prendre en compte l’écoulement des eaux pluviales lors de la réalisation. Pour un cheminement, une pente de 1,5 à
2,5 % permet d’évacuer l’eau sur l’extérieur du chemin, en direction des massifs.

Avantages des calades :

  • esthétiques : une calade s’intègre naturellement aux jardins et au paysage. Il est possible de créer une infinité de motifs dans plusieurs coloris ;
  • pratique : une calade permet à la fois de réaliser un cheminement carrossable ou piéton ;
  • poreuse : la calade laisse respirer le sol et laisse doucement les eaux pluviales s’infiltrer. “Il ne s’agit pas d’un matériau drainant, mais la calade absorbe l’humidité en surface” explique Stéphane Fredon ;
  • locale : la pierre utilisée peut provenir d’une carrière de proximité, d’un ancien mur ou être ramassée directement sur le site de construction.
L’art des calades, une technique ancestrale

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *