En raison de l’application de la loi de Transition énergétique pour la croissance verte (LTE) depuis le 1er janvier 2019, l’utilisation des produits phytopharmaceutiques conventionnels sur la plupart des espaces verts publics et dans les jardins de particuliers est strictement limitée et réglementée. Dans ce contexte, les plantes allélopathiques, de par leurs propriétés phytotoxiques, se révèlent être de précieuses alliées dans la lutte contre les adventices.

Il n’est pas rare d’observer dans la garigue méditerranéenne le développement, par certains végétaux, de stratégies efficaces pour inhiber la germination d’espèces concurrentes et ainsi accéder pleinement aux ressources disponibles dans le milieu. Ce phénomène appelé allélopathie, terme provenant du grec ‘allêlon’ signifiant réciproque et ‘pathos’ signifiant souffrance, désigne l’ensemble des interactions chimiques, positives ou négatives, directes ou indirectes, d’une espèce végétale sur une autre espèce. “Dans les parcs et jardins, nous nous intéressons plus spécifiquement aux interactions négatives pour limiter la germination d’espèces non désirées, mais il existe bien d’autres interactions”, explique Olivier Filippi, pépiniériste à Mèze, dans le sud de la France. Étudiées par Olivier Filippi depuis une dizaine d’années, les plantes allélopathiques ne cessent d’interroger les scientifiques qui rédigent chaque année de nouveaux articles à leurs sujets. Plusieurs expérimentations sont notamment réalisées dans le domaine agricole où la plantation de couvres-sols allélopathiques au pied des cultures (vignes, oliviers, fruitiers…) permet d’inhiber la germination d’espèces concurrentielles non désirées. Particulièrement nombreuses dans les régions à climat méditerranéen en raison de conditions difficiles (sécheresse, vent…), les plantes ayant des propriétés allélopathiques sont également présentes dans d’autres régions du globe :
Chili, Californie, Australie… Le nombre de végétaux allélopathiques reste encore aujourd’hui méconnu, mais pourrait s’élever à plusieurs milliers d’espèces. En s’inspirant de la nature, l’utilisation de ce type de végétaux peut ainsi devenir une solution supplémentaire pour limiter naturellement le développement des herbes indésirables dans les jardins et les espaces verts.

Les mécanismes allélopathiques
Les plantes allélopathiques diffusent leurs composés phytotoxiques suivant plusieurs mécanismes, qui sont parfois complémentaires pour une même espèce :
lessivage de composés émis par les feuilles : sous l’effet de la pluie, des composés présents dans les feuilles ruissellent sur le sol et empêchent le développement des graines au moment le plus propice à leur germination ;
décomposition des feuilles mortes : les feuilles de plusieurs espèces libèrent des composés chimiques, inhibant la germination d’espèces concurrentes lors de leur décomposition ;
exsudats racinaires : émis par les racines de certaines espèces telles que le thym commun, le pin d’Alep ou la piloselle, les exsudats racinaires sont constitués de toxines limitant efficacement la compétition ;
émission de composés volatils : les plantes aromatiques diffusant des composés organiques volatils (terpénoïdes) se révèlent bien souvent être des plantes allélopathiques. Les émissions odorantes se déposent sur le sol après condensation sous forme de rosée et inhibent la germination d’espèces concurrentes à proximité immédiate. Outre le thym, on peut citer le romarin, la sauge, l’origan, le myrte ou l’eucalyptus.

Le thym combine ainsi deux mécanismes de diffusion, ce qui lui permet d’empêcher la germination d’un grand nombre d’adventices, en formant un couvre-sol esthétique et odorant.

Les plantes allélopathiques, une solution miracle ?
L’utilisation de plantes allélopathiques constitue une solution technique, parmi une panoplie de solutions, mais elle ne suffit pas à limiter le développement des mauvaises herbes. L’allélopathie n’est, en effet, jamais efficace à 100 % : son efficacité est fortement corrélée à la biomasse des végétaux (volume du feuillage ou des racines). Pour être efficace, la plante doit occuper un certain volume, généralement atteint au bout de 2 à 3 ans. “De plus, l’action d’une plante allélopathique se limite souvent à son emprise au sol. Un romarin présente ainsi un effet sur une emprise d’environ
1 m2
”, souligne Olivier Filippi. En attendant le développement des végétaux et de leurs propriétés allélopathiques, il est donc conseillé d’installer un paillage minéral ou organique pour limiter la concurrence des adventices.

Quelques plantes allélopathiques
Des graminées annuelles aux vivaces tapissantes, sans oublier les arbres et arbustes, les plantes allélopathiques permettent de créer des compositions ornementales avec des hauteurs et des floraisons variées, et nécessitant peu d’entretien une fois installées. De nombreuses espèces de plantes allélopathiques existent dans la nature, en voici quelques unes utilisées pour leur caractère esthétique et rustique :

• Couvre-sols tapissants (moins de 10 cm) :
Thymus hirsutus (2 à 5 cm), Origanum vulgare (5 à 10 cm) et Hieracium pilosella (2 à 5 cm) permettent de créer des couvre-sols efficaces à condition que les densités de plantations (4 à 6 par m2) soient respectées lors de leur mise en place ;

• Couvre-sols bas (de 10 à 30 cm) :
Centaurea bella (30 cm) au feuillage persistant gris-argent s’associe très bien au feuillage gris blanc de Tanacetum densum subsp. amanii (15 cm). Autres exemples, Achillea umbellata (15 cm)
possède une floraison blanche printanière et un feuillage persistant, Teucrium marum (30 cm) supporte bien le calcaire et Vinca major (30 cm) agrémente les massifs avec des feuilles persistantes d’un vert brillant et une floraison violette  ;

• Couvre-sols moyens (de 30 à 80 cm) : de nombreuses lavandes et romarins dont Lavandula x intermedia (30 à 60 cm) et Rosmarinus officinalis (40 à 60 cm selon les variétés), présentent des propriétés allélopathiques et embaument les jardins de leur parfum. Moins commun, Ballota acetabulosa (40 à 50 cm) aux fleurs discrètes et feuilles laineuses, supporte bien les sols calcaires et résiste jusqu’à – 15 °C. Quant aux cistes, tels que Cistus x crispatus (60 cm) ou Cistus x florentinus ‘Tramontane’ (30 cm), leurs feuilles libèrent des composés phytotoxiques en se décomposant sur le sol ;

• Arbustes (plus de 1 m) : Artemisia arborescens ‘Carcassonne’ (1 m) est très décoratif et forme une boule dense, avec un feuillage vert argenté, Phlomis fruticosa se couvre de fleurs jaunes au printemps et résiste aux embruns, et Pistacia lentiscus, dont les feuilles aromatiques prennent une teinte rouge en hiver, peut atteindre jusqu’à 2 m de hauteur.

Quelque soit l’espèce végétale choisie, il convient d’effectuer un désherbage régulier les trois premières années suivant la plantation, le temps que les végétaux s’installent. Les plantes allélopathiques nécessitent ensuite peu d’entretien.

Plantez sans désherber : les plantes allélopathiques

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