Les premières années de vie d’un arbre fraîchement transplanté sont souvent éprouvantes et périlleuses. L’aider à se maintenir face aux vents quotidiens, tout en lui laissant la liberté de bouger pour mieux s’enraciner, est alors nécessaire, avec de nombreuses solutions disponibles entre tuteurage, stabilisation, ancrage ou encore haubanage.

Lorsque vous plantez un arbre, dans un jardin privé, en milieu urbain, au niveau d’un golf ou dans le jardin d’un hôtel, celui-ci, tout juste transplanté d’une pépinière, se retrouve tout-à-coup confronté à un sol et à des vents différents. Cela s’avère particulièrement vrai en ville où la physionomie urbaine, caractérisée par de grands bâtiments, conduit à créer des couloirs de vents par effet Venturi : l’arbre doit alors y faire face, il doit résister pour ne pas tomber. Sur le littoral, et parfois le long des fleuves tels que le Rhône, la problématique est toute aussi prégnante : il faut aider l’arbre à se maintenir face aux vents dominants violents avec, par ailleurs, des tempêtes de plus en plus nombreuses et dévastatrices. D’où la nécessité d’installer une structure de maintien durant les premières années d’installation de l’arbre, mais en étant très vigilant à lui laisser la liberté d’osciller, afin qu’il se consolide par lui-même et s’enracine bien, car “pas de vent, pas de bois !”.

Précautions et règles d’or
Dans le domaine du maintien de l’arbre après plantation, plusieurs choses essentielles sont à savoir, afin de ne pas produire l’effet inverse à celui initialement recherché. Voici quelques règles à retenir :
• même si cela paraît logique, il est important de rappeler que les structures de maintien (tuteurs, points d’amarrage de la motte) doivent être positionnées du côté des vents dominants afin de protéger mécaniquement l’arbre ;

• par vents dominants, on entend deux choses : il y a en effet les vents dominants spécifiques à chaque région, territoire, micro-territoire. Ceux-ci sont à prendre en compte lors de plantations en milieu rural ou sur le littoral. En milieu urbain, avec la modification de la circulation de l’air, il faut prendre en compte le “vent réel”, autrement dit les vents quotidiens, pour installer ses tuteurs ou points d’ancrage ;

• le type de structure de maintien choisi doit être adapté à la force et la hauteur du végétal ;

• on parle bien de maintien de l’arbre et non pas de tension ! Comme le souligne Laurent Clisson, dirigeant de Poitou Décors, fabricant français spécialisé dans le matériel de stabilisation des arbres,
le tuteurage doit permettre un mouvement naturel du haut du tronc et de la ramure. L’arbre doit pouvoir bouger !”. Dans cette logique, il s’agit de bien veiller, durant les mois et premières années suivant la plantation, au bon état des structures de maintien, colliers et câbles compris.

Dernière remarque de Laurent Clisson : “en pépinière, les arbres sont marqués selon l’exposition à laquelle ils ont été soumis pendant leurs premières années de croissance. Lors de la plantation, il faut bien respecter cette orientation et non pas planter l’arbre selon des critères esthétiques : l’écorce au nord s’est en effet habituée à l’ombre et, comme notre peau après l’hiver, elle n’est pas habituée au soleil et risque donc de ‘brûler’”.

Tuteurage, un dispositif aérien
Le tuteurage, dispositif aérien de maintien utilisé majoritairement depuis des années, est la solution la plus simple et la moins coûteuse. De ce fait, elle est celle qui assure la plus faible résistance aux vents violents, bien qu’elle soit tout de même efficace. Car du monopode au quadripode, en passant par le bipode et le tripode, le tuteurage peut assurer le maintien de gros sujets. A noter que les spécialistes de la biomécanique de l’arbre conseillent aujourd’hui un tuteurage tripode ou quadripode qui laisse plus de liberté à l’arbre tout en le protégeant des agressions extérieures et en le maintenant, plutôt qu’un tuteurage monopode ou bipode. Mais, comme dit préalablement, tout dépend de la force de l’arbre. Voici les différents types de tuteurage :
• tuteurage monopode : se fait de moins de moins, il est à réserver aux petits sujets et aux racines nues. Enfoncé entre les racines, il présente le risque de blesser le système racinaire. On en voit parfois installés en biais à 30 ou 45° : “cela ne permet pas une plus grande résistance, au contraire : c’est souvent pour éviter d’abîmer les racines, pour protéger l’arbre du passage de piétons ou encore pour un ‘choix esthétique’…” assure Laurent Clisson ;

• tuteurage bipode : deux tuteurs, placés du côté des vents dominants, sont reliés entre par un demi rondin ou une planchette (à privilégier car plus proche du tronc). Ils sont à installer en dehors de la motte, grâce à une masse ou un marteau piqueur, à une profondeur de 50 cm et plus. Ils peuvent supporter des arbres de force 10/12 à 30/35 (avec des tuteurs Ø 100 mm) ;

• tuteurage tripode et quadripode : le nombre de tuteurs permet une protection physique du tronc mais encombre, par ce biais, davantage l’espace au pied de l’arbre. Pour un tuteurage tripode, il s’agit de placer les tuteurs à 120° les uns des autres.

Un point essentiel est donc d’être vigilant à la tension des colliers qui relient l’arbre aux tuteurs. Privilégiez des colliers avec crans de réglage qui permettent de s’adapter à différentes forces et à la croissance du diamètre du tronc de l’arbre. L’offre de colliers est assez large, en proposant diverses matières, à commencer par le PVC, neuf ou recyclé/recyclable, qui peut présenter des rainures obliques, idéales pour un contact souple avec l’écorce et pour le passage de l’eau de pluie. A noter que plus la largeur du collier sera importante, plus la résistance aux vents sera grande. Poitou Décors propose ainsi le seul collier pour tuteurage bipode Végéfix®, pourvu d’un coussinet épais qui protège l’arbre du frottement de la planchette. Des colliers spéciaux pour des expositions quotidiennes à des vents violents existent également, à l’image de la sangle Éole en polyester, spécialement conçue pour les zones de grand vent, avec une résistance mécanique allant jusqu’à 1 300 kg. Désormais, des sangles biodégradables sont aussi disponibles : en fibres de coton et de jute tressées ou en corde de fibres de coco doublées et torsadées, celles-ci sont moins résistantes que le PVC, mais font très bien l’affaire pour des forces d’arbres allant jusqu’à 20/25.

 

Ancrage de motte, l’amarrage en souterrain
L’ancrage est une bonne alternative au tuteurage pour les arbres en motte ferme ou grillagée : en présentant des points d’amarrage souterrains, l’espace est désencombré en surface et le maintien est également plus adapté à la croissance de l’arbre, en laissant la cime et le tronc bouger plus librement. Le risque de blesser le système racinaire et le tronc est également moindre. Selon le contexte, divers dispositifs s’offrent à vous. Le plus courant est l’ancrage avec ancres à bascules : les ancres sont enfoncées manuellement ou avec un marteau-piqueur dans le sol, à l’aide d’une tige métallique spécifique, et selon un angle de 120 ° en cas de 3 points d’amarrage. Reliée à un câble d’acier, il suffit ensuite de tirer un coup sec pour faire basculer l’ancre, créant ainsi un cône de compaction qui assure une résistance à l’arrachage. “Les ancres peuvent être enfoncées selon le système PDEA® (Ancres Enfoncées au Sol par Percussion). Différentes tailles d’ancre existent selon la force de l’arbre. C’est la combinaison de la résistance des ancres et de la tension appliquée sur la surface de la motte qui permet un maintien parfait de l’arbre. Nous proposons le système Plati-Mat® qui permet de diffuser la tension du système sur une surface plus large et de manière homogène. Le câble en acier ne se détend pas. Ce dernier se dégradera progressivement après 3 ans, libérant ainsi la motte. Les racines auront eu le temps de s’établir dans le sol” précise Abdelhay Chemssi, assistant commercial France chez Platipus, fabricant spécialisé d’ancrage d’arbres. La société propose d’ailleurs un système de fixation de motte avec ancrage pour palmiers, à 3 ou 4 points d’ancrages.

De son côté, la société Gripple, spécialisée dans les aménagements paysagers et le génie civil, propose plusieurs kits prêts à l’emploi tels que l’ancrage de motte RBK “où des ancres à bascule remplacent les tuteurs en bois, évitant la détérioration du système racinaire et faisant office d’antivol invisible. Le Kit Premium PRBK assure un ancrage encore plus fort pour des situations très ventées ou des gros sujets et propose un réglage supplémentaire grâce à ses galets autobloquants Dynamic. Autre situation, autre kit : le dispositif CFK pour ancrage sur dalle béton, où la tension est appliquée grâce à une sangle et aux tendeurs autobloquants Dynamic, idéal pour les toitures terrasses par exemple“ explique Clément Pawlik, responsable développement Division Civil chez Gripple.

L’entreprise Poitou Décors propose quant à elle le système Végéfix® : ce sont des sangles qui tiennent la motte et sont reliées aux câbles d’acier. Les sangles peuvent être composées à partir de coton et de jute, permettant leur dégradation à 96 % pour limiter les pollutions du sol, tout en assurant une extrême solidité pendant au moins 3 ans. “Nous proposons également un système ‘parachute’ : la motte est arrimée par des plots acier placés en fond de fosse, au moins à 70 cm de profondeur. Ce dispositif convient aux plantations en toiture-terrasse, bac, mais aussi lorsque de nombreux réseaux enterrés sont présents. Un autre procédé, particulièrement adapté à une faible profondeur de terre ou à des milieux urbains denses où les réseaux sont nombreux, est le système Stabmotte® qui permet d’ancrer l’arbre en restant dans le volume initial de la fosse. Des stabilisateurs sont directement fixés dans la motte, ce qui permet de suivre le tassement du terrain après plantation et d’éviter de venir retendre les sangles 2 à 3 jours après la plantation” ajoute Laurent Clisson. Platipus propose également un procédé de fixation de motte sans ancrage tout-en-un lorsque la zone de plantation s’avère peu profonde : le système D-MAN® (Prix de l’Innovation Salon Vert 2016) est robuste, compact et léger, conçu principalement pour remplacer l’ancrage sur treillis soudés et traverses en béton et réaliser une plantation sur dalle. Les cellules D-MAN, en plastique recyclé, sont interconnectables. Cela permet de créer une plateforme de plantation parfaite pour les plantations en toiture et sur terrasse qui, en plus de jouer leur rôle de maintien de l’arbre, permettent de retenir l’eau et de maintenir le sol humide plus longtemps.

Le haubanage
pour les grands sujets 
Enfin, la solution aérienne la plus efficace pour les gros sujets aux ramures développées et/ou à racines nues est le haubanage, qui peut être réalisé à la plantation ou bien pendant la vie de l’arbre.

Il convient aux arbres qui ont une prise au vent toute l’année et c’est pourquoi, ce sont souvent des résineux qui gardent leurs aiguilles, tels que des pins, que nous voyons haubanés. Ce système est à privilégier dans les grands parcs ou autour de sujets inaccessibles. “Ce sont des ancres qui assurent les points de maintien au sol, selon le même principe de mise en place et de verrouillage que pour l’ancrage de motte. Le haubanage est parfois associé à l’ancrage de motte pour les très gros sujets. Ce sont ensuite 3 câbles par haubans, équipés de serre-câbles, qui assurent la tension. Pour protéger l’écorce de l’arbre, des gaines de protection doivent être installées autour des câbles acier au niveau des branches d’accroche” complète Laurent Clisson. Des procédés de haubanage pour palmier jusqu’à 7,5 m de haut existent également, à l’image du kit PBK de Gripple, équipé de tendeurs autobloquants que l’on peut retendre année après année. Platipus propose également un système de haubanage avancé avec tendeurs : le Kit G3 permet de maintenir des arbres de plus de 12 m de haut. Le système est à réserver à des lieux peu fréquentés des piétons.

Vous voici donc parés pour choisir la solution de maintien adaptée aux arbres que vous comptez planter, les fabricants et fournisseurs de matériel d’ancrage proposant désormais des tutoriels YouTube très ludiques !

Bien planter
Quel serait l’intérêt de choisir un bel arbre et de mal le planter ? C’est pourquoi il faut absolument caler la motte dès la plantation et le faire correctement pour que l’arbresoit droit et stable. En effet, le haubanage ou les autres dispositifs de maintien de l’arbre ne doivent pas être utilisés comme des “redresseurs” d’arbre, il s’agit de bien planter dès le début ! Une fois que la motte est bien stable et l’arbre bien droit, la fosse peut alors être remplie de terre végétale. Des conditions nécessaires pour que l’arbre reste en place, surtout avec des vents violents comme ceux qui viennent de balayer la France fin avril !

Maintien de l’arbre : des solutions multiples

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