Dans le Pas-de-Calais, les Pépinières Tortefontaine sont spécialisées dans la production de gros sujets. Tous leurs arbres sont transplantés (trois, quatre ou cinq fois), ce qui assure aux paysagistes et aux collectivités une meilleure reprise et des aménagements paysagers pérennes.

Sur une superficie de 80 ha, les pépinières Tortefontaine cultivent des arbres uniquement en pleine terre.

 

En bref

  • Création : 2002
  • Localisation : Tortefontaine (62)
  • Effectif (ferme et pépinières) : 15
  • Diversité variétale : 450 variétés
  • Surface d’exploitation : 80 ha de pépinières/340 ha pour l’agriculture

 

Fils de pépiniériste hollandais, Teun de Jong et son frère cherchaient un deuxième endroit où cultiver. Alors que son frère a repris les pépinières familiales, en 2001, Teun de Jong a acheté une ferme agricole dans le Nord-Pas-de-Calais pour y installer la sienne. L’activité a débuté en 2002 avec la plantation d’arbres répondant à la demande française. Aujourd’hui la pépinière représente 80 ha cultivés sur un îlot de 115 ha. Sur ce plateau, la terre d’argile est profonde de 6 m environ, elle contient beaucoup de réserves et est très propices aux cultures. Teun de Jong a la double casquette de l’agriculteur avec 340 ha de cultures diverses (céréales, lin, betterave). L’avantage réside au niveau de l’équipement : les équipements tels que les tracteurs ou le manitou servent aux deux activités de production.

 

Les gros sujets

Sur une superficie de 80 ha, les pépinières Tortefontaine cultivent des arbres uniquement en pleine terre. « Nous sommes spécialisés dans les gros sujets 3, 4 ou 5 fois transplantés. Nous proposons des arbres allant du 16/18 au 20/25 pour les sujets 3 fois transplantés, du 20/25 à 40/45 pour les 4 fois transplantés et du 40/45 au 60/70 pour les 5 fois transplantés. Notre spécificité se tourne notamment vers le 20/25, les gros sujets ne répondant plus vraiment à la demande actuelle », explique Teun de Jong, gérant des pépinières Tortefontaine.

En termes de production, les pépinières produisent beaucoup d’arbres d’alignement, environ 300 variétés, un peu de conifères, et une partie de l’activité est orientée sur la production de cépées, environ 150 variétés. Cultivées en pleine terre, toutes les plantes sont adaptées aux conditions pédoclimatiques de la partie nord de la France.

 

La transplantation est une étape essentielle pour optimiser la reprise, elle sert à maintenir un système racinaire compact et bien développé.

 

La transplantation

Les Pépinières Tortefontaine transplantent toute la production. Ainsi, les arbres ne restent pas plus de 3 à 5 ans sur la même parcelle.

La transplantation est une étape essentielle car elle sert à maintenir un système racinaire compact avec un chevelu racinaire important de manière à optimiser la reprise : l’arbre va démarrer plus vite et va mieux pousser, l’alignement d’arbres sera homogène. S’il n’y a pas de transplantation, quand la motte est arrachée, cela arrache de grosses racines et les risques que l’arbre meurt sont plus importants.

Pour transplanter les arbres, les pépinières sont bien équipées avec du matériel très moderne fonctionnant pour toutes les méthodes de transplantation (ex : planteuses, trancheuses, tracteur guidé par GPS…). Ces équipements sont un investissement pour les Pépinières mais la qualité des arbres est assurée. « C’est également un moyen de se démarquer de la concurrence : les pépinières étrangères jouent beaucoup sur les prix mais la plupart d’entre elles ne font pas des arbres transplantés tels qu’exigés dans les marchés publics. Leur méthode : dans un rang, elles gardent une plante sur 3, les laissent pousser et les arrachent quand elles atteignent la force 20/25. Ces arbres ne sont donc pas transplantés puisque le système racinaire n’est pas recoupé régulièrement. Tandis que dans nos pépinières, sur du 20/25, on fait une motte d’un diamètre de 60-70 cm pour transplanter. En 30/35, on arrachage une motte de 90 cm de diamètre. Il est ainsi légitime de fournir des entreprises de paysage qui répondent aux marchés publics exigeant souvent des arbres 3 x transplantés. Le problème c’est que de nombreuses entreprises de paysage sont attirées par les prix bas ou elles ne savent pas toujours distinguer un arbre transplanté d’un arbre qui ne l’est pas », explique le gérant.

 

Une clientèle accompagnée

Les entreprises de paysages représentent 80 % de la clientèle. Les Pépinières traitent rarement de façon directe avec les collectivités, mais seulement par l’intermédiaire des paysagistes qui répondent aux appels d’offre. Les 20 % restants sont les autres pépinières (ex : échanges avec la pépinière de son frère aux Pays-Bas) et quelques clients privés.

Les Pépinières Tortefontaine ont une clientèle principalement localisée dans la moitié nord de la France : de Lille à Orléans. « Notre force est que 95 % de nos ventes sont issues de notre propre production. Les 5 % restants résultent de négoce pour compléter une commande », précise Teun de Jong.

Les Pépinières travaillent énormément avec les architectes paysagistes sur les projets et aident à la préparation des chantiers. Il nous arrive d’apporter des conseils techniques quant au choix de la plante selon les conditions pédoclimatiques, l’emplacement futur de l’arbre… « Mais l’étape la plus importante pour les entreprises du paysage est le marquage en pépinière : ces dernières se déplacent automatiquement pour voir les arbres, les sélectionner selon le port, la force… et les marquer. Parfois, certains paysagistes font même leurs projets sur place en sélectionnant les sujets selon les conditions pédoclimatiques, les contraintes sur le chantier… Par exemple, pour un aménagement sur la voie publique, certains arbres ont un port trop étalé, nous leur conseillons donc des espèces au port fastigié ; nous les aidons à anticiper », explique le gérant.

 

Les tendances

Aujourd’hui, les essences locales font l’objet d’une forte demande ; il s’agit des arbres que l’on retrouve dans le milieu naturel tels que les chênes, les charmes, les tilleuls, les érables. Même si le port d’une essence ornementale est plus joli, ou les têtes sont plus belles, les clients choisissent le local. « Nous perdons un peu les plantes horticoles ; les marchés publics n’aident pas en imposant également les essences locales. Néanmoins, nous avons notre rôle à jouer en cultivant local », explique Teun de Jong.

 

L’engagement environnemental

L’an dernier, les pépinières ont été certifiées Plante bleue. Environ 70 % de la superficie est enherbée, ce qui permet de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires. Une méthode spécifique est utilisée pour biner sur le rang : en un passage, une machine tond la pelouse et bine sur les rangs. A ces endroits, on pourrait parler de culture bio. Cependant, cette méthode ne s’applique pas aux rangs où les arbres ont été arrachés.

Concernant la problématique de l’eau, les pépinières sont situées à 25-30 km de la côte ; avec des précipitations d’environ 1 100 mm d’eau par an, il n’est pas nécessaire d’installer de système d’irrigation. Les pépinières ont effectué un forage et ont installé un système de récupération des eaux pluviales pour arroser si nécessaire les arbres au moment de la transplantation.

Par ailleurs, elles utilisent un compost de déchets verts récupéré dans les collectivités voisines pour enrichir le sol avant de planter. « Notre activité agricole permet également de faire des rotations de cultures avant les nouvelles plantations d’arbres », conclut Teun de Jong. 

 

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Pépinières Tortefontaine : l’importance de la transplantation

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