Afin d’être conforme à la Loi de Transition énergétique pour la croissance verte, qui limite désormais l’utilisation des produits phytopharmaceutiques conventionnels sur la plupart des espaces verts publics et dans les jardins de particuliers, les produits de biocontrôle apportent une solution performante alternative pour désherber les surfaces, en s’inscrivant dans la logique actuelle de préservation de l’environnement.

Depuis ce 1er janvier 2019, par obligation législative, vous êtes désormais tenus, en tant que professionnels prestataires de service pour jardins de particuliers privés, de ne plus utiliser les méthodes de désherbage chimique ‘classique’, tout comme d’ailleurs les particuliers eux-mêmes. Parmi les techniques alternatives de désherbage, l’utilisation de produits de biocontrôle à usage professionnel identifiée comme un des leviers du plan Ecophyto 2 visant particulièrement le monde agricole qui, pour rappel, a comme objectif de réduire le recours aux produits phytopharmaceutiques de 25 % d’ici 2020 et de 50 % à l’horizon 2025.
Pour continuer à offrir un service d’entretien de qualité à vos clients privés, ou encore pour répondre aux appels d’offres de prestations d’entretien pour les espaces verts publics, le développement des produits de biocontrôle est alors une opportunité pour les gestionnaires d’espaces verts privés ou publics, en favorisant, avant tout, le respect de l’environnement et un gain de temps d’entretien non négligeable par rapport au désherbage manuel !

Définition et réglementation
En application de la loi LTE (Loi de Transition Energétique pour la croissance verte), qui a phagocyté la loi Labbé, l’utilisation de produits phytopharmaceutiques issus de la chimie de synthèse est limitée depuis déjà 2 ans dans la plupart des espaces verts publics (parcs, jardins, forêts, promenades, voiries…), excepté dans les zones publiques non ouvertes au public, les cimetières, les terrains sportifs engazonnés ainsi que les espaces de voirie difficiles d’accès et qui posent des problèmes de sécurité pour les gestionnaires. Cette limitation d’utilisation de produits conventionnels issus de la chimie de synthèse, notamment pour désherber, s’applique également depuis le 1er janvier 2019 aux particuliers. Ainsi, désormais, la binette et le désherbage manuel sont redevenus une des tâches fastidieuses du jardinier… Pour limiter ce poste qui n’est, nous en conviendront tous, pas le plus valorisant qu’il existe, des solutions alternatives d’entretien (paillage, désherbage à eau chaude, désherbage thermique…) et d’aménagement de surfaces autrefois minéralisées (enherbement, plantation de sédums ou de vivaces…) sont à votre disposition. L’usage des produits de biocontrôle est alors une autre de ces solutions alternatives autorisées par la loi. Comme l’explique Stéphane Grolleau, chef de marché Espaces verts chez Compo Expert, “les désherbants de biocontrôle font partie des solutions au même titre que d’autres méthodes alternatives comme l’eau chaude, le gaz… Par rapport à ces dernières méthodes, ils présentent plusieurs avantages décisifs : ils s’appliquent en pulvérisation et, de ce fait, la vitesse d’avancement et donc la surface traitée par heure ou par jour est élevée. Pour les solutions type eau chaude ou gaz, il faut multiplier le temps
d’intervention au minimum par 5. De plus, elles provoquent la levée de dormance de graines présentes dans le sol par choc de
température et nécessitent donc de nombreuses applications dans l’année, ce qui de ce fait, les rend très onéreuses
”.

De façon réglementaire, les produits de biocontrôle sont définis par l’article L.253-6 du Code rural et de la pêche maritime (CRPM) comme “des agents et produits utilisant des mécanismes naturels dans le cadre de la lutte intégrée contre les ennemis des cultures”. Ils comprennent en particulier :
les macro-organismes (invertébrés, insectes, acariens ou nématodes) utilisés notamment dans la Protection Biologique Intégrée (PBI) au niveau du patrimoine arboré par exemple, et qui ne nécessitent pas d’Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) et donc pas de Certiphyto pour leur application ;
les produits phytopharmaceutiques comprenant des micro-organismes (champignons, bactéries, virus), comme le Bacillus thurengiensis utilisé pour enrayer la propagation de la pyrale du buis, des médiateurs chimiques (phéromones et kairomones) et des substances naturelles d’origine végétale, animale ou minérale. Ils nécessitent une AMM et donc la détention d’un Certiphyto. Les substances d’origine végétale sont ainsi adaptées à la gestion des plantes indésirables, dans une logique respectueuse de l’environnement, en s’inspirant d’interactions et de mécanismes naturels.

Une liste de produits homologués
Seuls les produits de biocontrôle inscrits sur la liste des produits phytopharmaceutique de biocontrôle, au titre des articles L.253-5
et L.253-7 du CRPM, qui figurent sur la note de service DGAL/SDQSPV/2019-48, sont autorisés par le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation. Cette liste est et sera désormais revue et actualisée tous les mois. Il faut ensuite bien s’assurer que les produits de biocontrôle choisis soient homologués pour l’usage voulu. Ainsi, “pour les professionnels (applicateurs, collectivités, entreprises espaces verts), que ce soit sur le domaine public ou privé, il faut choisir des produits à usage professionnel et donc homologués pour les ‘Parcs, Jardins, Trottoirs, Cimetières et Voiries’ (PJTCV), contrairement aux particuliers qui, eux, pourront utiliser des produits EAJ (Emploi Autorisé dans les Jardins). Leur application nécessite une certification du personnel ‘Certiphyto’, ainsi qu’un agrément phyto entreprise pour les sociétés appliquant des produits en prestation de services” précise Rémi Chaume, chef de produit chez Syngenta Aujourd’hui, la plupart des herbicides de biocontrôle proposés sont issus de substances naturelles. Comme le définit la note de
service citée préalablement, “on entend par substance naturelle, toute substance naturellement présente et qui a été identifiée en l’état dans la nature. Cette substance est :
– soit extraite d’un matériau-source naturel ;
– soit obtenue par synthèse chimique et strictement identique à une substance naturelle telle que décrite ci-dessus”. On retrouve ainsi principalement dans les quelques herbicides de biocontrôle disponibles aujourd’hui, homologués pour un usage professionnel espaces verts, l’acide pélargonique, ainsi que l’acide acétique.

L’acide pélargonique ou nonanoïque
Cet acide tire son nom de la plante dans laquelle il a été identifié, le Pelargonium, mais on le retrouve dans d’autres végétaux, tels que la rose, le tournesol ou le colza. L’acide nonanoïque, quelque soit son chemin d’extraction ou son procédé de synthèse, est un dessicant naturel : en agissant sur la chaîne hydrophobe, il dissout la cuticule cireuse imperméable des feuilles qui limitent normalement l’évapotranspiration. Celles-ci se dessèchent alors quasi-instantanément, la plante ne pouvant plus opérer sa photosynthèse et entraînant, par ce biais, la mort de l’individu traité. Ainsi, l’acide nonanoïque peut être “issu de l’extraction strictement physique d’huile de colza et donc 100 % d’origine végétale, comme c’est le cas dans le dessicant naturel de biocontrôle Katoun® (AMM n°2140254), homologué pour un usage ‘Parcs, Jardins, Trottoirs, Cimetières et Voiries’ (PJTCV). Katoun® est composé d’acide nonanoïque (C9) obtenu notamment grâce à une fracturation mécanique d’huile de colza (C18) ou de tournesol sous haute pression et haute température. Il agit de façon curative en perturbant la perméabilité de la membrane cellulaire de l’épiderme des plantes indésirables que l’on souhaite éliminer. La plante se déshydrate et se dessèche en quelques heures” explique Rémi Chaume. Celui-ci ajoute, sans tabou, que “l’efficacité des produits de biocontrôle n’est pas du tout à comparer à celle du glyphosate : Katoun® ne présente pas d’action systémique et n’est pas un anti-germinatif ! Cependant, ce dessicant naturel reste compétitif par rapport à d’autres techniques de désherbage alternatif : son coût de mise en œuvre (y compris main d’œuvre) est de l’ordre de 10 centimes d’euros par m2 (contre plus de 30 centimes par m2 pour une brosse rotative ou autour d’1 € par m2 pour la binette), il ne nécessite maximum que 3 à 4 passages par an (5 à 6 pour la binette) et peu de ressources, ni d’énergie fossile”. Selon le même procédé d’extraction, le Harmonix® Kalipe® de Bayer (AMM n°170321) est également disponible : “ce désherbant biocontrôle de dernière génération, à base d’acide pélargonique se dégradant facilement dans l’environnement, est une alternative efficace et économique pour contrôler les herbes indésirables : Harmonix® Kalipe s’emploie avec un faible dosage à l’hectare (22,5 l/ha) et se dose facilement avec une dilution de 10 %. Homologué PJTCV, il est applicable dans la plupart des lieux publics, au niveau des cultures ornementales pérennes (haies, pieds d’arbre…), ainsi que pour le traitement des mousses. En moins de 2 h, on assiste à la déstructuration de la cuticule qui conduit à la déshydratation complète de la végétation aérienne. Et pas besoin d’investir dans du nouveau matériel :
un pulvérisateur à dos ou un réservoir équipé d’une lance permettent de traiter de façon homogène l’intégralité de la plante indésirable
” précise Renaud Paumelin, chef de marché chez Bayer Crop Science. La société Compo Expert propose de son côté le Finalsan® et le Devatol (AMM n°2110056) :
ces deux solutions herbicides de biocontrôle agissent par contact sur les végétaux, avec une action rapide en post-levée contre un grand nombre d’adventices, dicotylédones ou graminées. Homologuées pour 8 usages différents, ce sont des produits polyvalents et souples d’emploi, à appliquer à l’aide d’un pulvérisateur muni d’une rampe avec cache de protection et de buses à jet plat ou pinceau à gros débit. Pour faciliter l’application et une couverture à 100 % de la plante par la bouillie (concentration de 16,6 %), Compo Expert a par ailleurs développé une buse spécifique” précise Stéphane Grolleau.

L’acide acétique
Des herbicides de biocontrôle sont également composés à partir d’acide acétique, issu de la transformation du sucre par fermentation. Sa forme acide et son pH très bas engendrent après pulvérisation et par contact, des brûlures aux feuilles (rupture des membranes de la cuticule) : les feuilles se déshydratent et ne peuvent alors plus réaliser de photosynthèse. A noter que l’acide acétique peut attaquer certains matériaux riches en calcaire (marbre, dalles) et qu’il s’agit donc d’être vigilant lors du traitement, en cimetière par exemple. Aussi, il faut rappeler que tout produit de biocontrôle homologué, et possédant donc une AMM, nécessite, pour son application professionnelle, la détention du Certiphyto. Voici donc de quoi renouveler votre désherbage, qui deviendra moins fastidieux et chronophage, tout en prenant soin de l’environnement de votre client.

Quand et comment traiter ?
Quelques recommandations de spécialistes sont à connaître pour que l’utilisation d’herbicides de biocontrôle soit efficace :
tout d’abord, il faut traiter dans la “fenêtre de tir réglementaire”, soit entre avril et septembre, après la levée de dormance des graines quand les adventices commencent à pousser ;
attendre qu’il fasse plus de 15°C, avec un pic d’efficacité de juin à septembre, quand les conditions séchantes (sol sec, manque d’eau, températures élevées) permettent que le traitement soit encore plus efficace ;
traiter idéalement au stade 3 à 4 plantules : il faut en effet qu’il y ait des feuilles, les produits agissant par contact foliaire ! Il ne faut surtout pas dépasser le stade 6 feuilles (ou 10 cm de haut) au risque de voir le traitement être moins efficace ;
éviter la pluie : un délai de 2 heures minimum doit être respecté entre l’application et une pluie ;
un ciel lumineux apportera une meilleure dessiccation ;
effectuer entre 2 et 4 passages/an selon les critères d’homologation des produits ;
bien traiter régulièrement au fil des ans, car “si l’on s’arrête une année, le stock de graines du sol va repartir de plus belle et les traitements réalisés les années précédentes n’auront servi à rien” explique Rémi Chaume, qui ajoute : “au bout de 3 à 4 ans de traitement avec du biocontrôle, on assiste à une baisse du stock en graines du sol, qui s’épuise petit à petit”.
utiliser un pulvérisateur de qualité pour une efficacité optimale, soit par le biais d’un brouillard fin (travailler avec une buse à jet plat à fort débit) ;
l’intégralité de la plante doit être mouillée, jusqu’au point de ruissellement ;
traiter à la juste dose (doses varient selon les AMM des produits) comme indiquée sur l’étiquetage.

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